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Les plaies de l'après-11 septembre

Ces vétérans américains vivent sur la brèche, dans une société où le taux de suicide a atteint un niveau inégalé, dans ce que je vois encore comme une relative indifférence si on considère l'ampleur de l'épidémie...

J'ai découvert l'importance du traumatisme de guerre en voyageant à travers le monde pour filmer et interviewer les derniers vétérans de la Grande Guerre à la fin des années 90, début des années 2000 : ils avaient vécu plus d'un siècle, mais montraient toujours occasionnellement des signes de traumatisme : à la fin du vingtième siècle, leurs cauchemars les ramenaient sur les lieux de l'horreur nommée « Verdun », « La Somme » (1916), ou « Le Chemin des Dames » (1917)...

Quand j'ai commencé à développer L'âme en sang, j'ai aussi redécouvert à quel point le traumatisme de guerre est lié à une culture, une nation, une histoire. Sachant combien les guerres mondiales avaient affecté l'histoire du vingtième siècle européen, je voulais essayer de comprendre comment les vétérans américains de la guerre en Irak percevaient la société et la culture américaines de l'après-11 septembre.

Plus qu'une investigation sur la vision qu'a l'Amérique actuelle de « l'ennemi », je me suis spécifiquement intéressé à la faćon dans les vétérans Américains pouvaient avoir perću les irakiens comme des êtres humains. J'ai filmé l'officier de police Lisa Zepeda se faisant tatouer : deux plaques d'identité militaires attachées l'une à l'autre. L'une disant « Armée U.S. »et l'autre « Salam », paix en arabe.« C'est difficile à supporter, parfois, d'être associée à un crime dans lequel vous n'avez rien à voir. [...] C'est ma demande de pardon, une extension du rameau

d'olivier », dit Lisa. Lisa a 45 ans. Latina de Chicago-Sud, une mère célibataire, policière, elle a passé 16 mois dans une unité médicale de la tristement célèbre prison d'Abu Ghraïb à Bagdad. J'ai aussi filmé Vince. Je le connais particulièrement bien, tout comme ses amis : ils vivent dans une sorte de « communauté de vétérans » informelle dans les bois de la rive Sud du Lac Michigan. Tous ont été déployés plusieurs fois. Un des amis de Vince, Chris, était gardien à Guatanamo : Chris est devenu instable et maintenant, il « surf » du canapé d'un ami à l'autre. Sergio demeure presque toujours silencieux. Comme lui, Vince était dans les Marines et a été déployé dans l'une des zones les plus dangeureuses de l'Irak en 2006.

Tous, sont hantés. C'est aussi une époque de leur vie où ils ont fait des virages politiques et axiologiques (valeurs religieuses, par exemple) à 360°. Vince prenait de la drogue. Il était suicidaire. Il peinait à domestiquer ses pulsions violentes. Les médecins civils lui disaient : « Tu as un PTSD [Post-traumatic Stress Disorder] ». Mais les Marines voulaient le redéployer.

Le film présente les aspects les plus perturbants des guerres en cours. Ces vétérans dévoilent des choses, ils ont eu le courage exceptionnel de parler, d'exprimer publiquement les pires aspects de la guerre, avec tous les effets dévastateurs que cela a pu avoir sur leur équilibre...

Le rôle principal du film est de briser les stéréotypes et les stigmas associés au PTSD, ainsi que les (mé)représentations qui frappent les vétérans en général, en réveillant les consciences sur ce que c'est que d'avoir participé à une guerre aujourd'hui.

Photo de fond : la maison de Vinny et ses amis